Un député de la majorité face à des citoyens déboussolés
LE MONDE – 26/01/09
HEM (NORD) ENVOYÉ SPÉCIAL
Porte à porte, Francis VERCAMER met un peu moins de deux heures pour aller de l’hôtel de ville d’Hem à son bureau de l’Assemblée nationale. Monsieur le député – et maire – s’autorise donc d’incessantes navettes entre sa bonne ville de l’agglomération roubaisienne, toute de briques rouges, et les ors du Palais-Bourbon, au luxe parfois émollient.
L’élu (Nouveau Centre) de la majorité n’est jamais loin de sa circonscription et de ceux qui l’ont désigné, ric-rac, en 2002 puis en 2007. Loin des bluettes germanopratines sur Carla ou Rachida, il se retrouve régulièrement “dans le concret” au milieu d’”habitants qui se battent au quotidien”.
Avec parfois le sentiment d’un décalage. “Les préoccupations des gens ne sont pas forcément celles du législateur”, constate-t-il. Dans le TGV, le député fait sa mue : “A Paris, on défend des convictions, une vision de la société, un consensus du groupe. Dans sa circonscription, on essaie de travailler pour la population. On écoute ce que dit le bénéficiaire du RSA ou le patron d’entreprise.” Et force lui est de constater, à tendre ainsi l’oreille, que “le moral n’est pas très bon”.
Ce samedi 24 janvier, M. Vercamer a une énième occasion de sonder l’état d’esprit ambiant. Le matin, dans l’espace Maurice-Schumann, accueil et voeux aux nouveaux habitants de la commune, autour d’une coupe de champagne ou d’un verre de bière des “3 Monts”. L’après-midi, à la salle des fêtes, visite impromptue à des joueurs de loto. Une centaine de personnes à chaque fois, échantillon aléatoire de la population. Quoique. A Hem, 19 000 habitants, les questions que posent les administrés sont assez représentatives des soucis nationaux.
Un fils de harki cherche du travail et se plaint timidement de la discrimination. Une femme demande si son association peut être éligible au plan banlieue. Un homme se renseigne sur les mesures en matière d’insertion (la commune compte 600 RMistes et 38 % de logements sociaux). Une universitaire critique la réforme de l’enseignement supérieur qui, à ses yeux, place “l’argent avant la connaissance”.
Et il y a la vente par correspondance, touchée de plein fouet par la crise. Le chômage avoisine près de 15 % dans les environs. “Il a dû prendre au moins un point supplémentaire depuis septembre”, suppose le député. Il y a aussi l’hôpital de Roubaix, débordé, en raison notamment du déficit de médecins spécialistes du privé dans la région : le centre recense 65 000 admissions par an alors qu’il a été conçu pour 30 000 entrées.
Nulle agressivité dans les apartés avec le député, plutôt le sentiment de citoyens un peu déboussolés, cherchant un sens à tout ça. “On légifère trop, regrette M. Vercamer. Les administrés ont du mal à suivre la marche des réformes.” Alors, il tente d’expliquer. Il décrypte les vocables abscons, “pôle de compétitivité”, “zone de rénovation urbaine”, ou les sigles trop longs pour être honnêtes. En bon soldat de la majorité, il essaie de convaincre.
Bon soldat, oui, “mais pas godillot”. “Assez franc de nature”, M. Vercamer se réserve le droit de “dire ce qu’il pense”. A Paris, il tente ainsi “de faire remonter les problèmes”, de relayer les doléances qu’en retrait sa directrice de cabinet consigne dans un petit carnet.
Il l’a fait sur le travail du dimanche, thème qui lui a valu en décembre 2008 près de 150 messages quotidiens dans sa boîte mail. Lors d’un repas en comité restreint avec Nicolas Sarkozy, il a souligné le hiatus entre la baisse statistique de la délinquance et la réalité ressentie sur le terrain.
Le député a voté contre la réforme de l’audiovisuel et critique ouvertement l’instauration d’un service minimum aux bons soins de la mairie les jours de grève de l’éducation nationale. Mais la crise économique est en passe d’éclipser tous ces débats. Le démocrate-chrétien veut croire en l’avenir. “Dans le Nord, dit-il, on a l’habitude des coups durs. On a déjà subi bien des reconversions. On a toujours fait front.”
Benoît Hopquin