Une grève et plusieurs enseignements
Entre 1 et 2,5 millions de personnes dans la rue ce jeudi : la grève d’hier est un succès, si tant est que le mot « succès » ait un sens quand autant de nos concitoyens se sentent désemparés face à la crise et se mobilisent pour crier leur angoisse et leur désarroi. Ne nous y trompons pas : ce sont des Français de droite, du centre comme de gauche qui étaient réunis dans une même crainte du déclassement social, par le même rejet des abus du capitalisme financier, le même refus de l’injustice sociale, et la même attente d’actions concrètes et de résultats tangibles pour endiguer les effets de la récession.
Quelles leçons tirer de cette journée de mobilisation sociale ?
D’abord, la nécessité d’entretenir entre les pouvoirs publics et les partenaires sociaux un climat de respect pour renouer avec un vrai travail de coproduction sociale, plus indispensable que jamais en période de crise. L’Etat, les syndicats de salariés et les organisations d’employeurs doivent se parler et travailler davantage ensemble, pour rendre notre système social plus moderne, mais aussi plus protecteur des salariés et des demandeurs d’emploi.
Ensuite, poursuivre le travail de réformes, sans céder à la démagogie, mais en privilégiant la pédagogie, et en étant attentif à ce que les efforts demandés soient équitablement répartis sur tous, et ne reposent pas seulement sur quelques uns, et toujours les mêmes. En période de crise, les classes moyennes et les plus fragiles souffrent en premier de la faiblesse de la croissance et du pouvoir d’achat. Avec les fermetures d’entreprises et l’augmentation du nombre de plans sociaux, nombre de nos concitoyens ont aujourd’hui le sentiment de subir les conséquences de fautes dont ils ne sont en rien responsables. Nous devons être à l’écoute de ce sentiment d’injustice.
Enfin, notre pays doit poursuivre sa modernisation : la relance par l’investissement est le coup d’accélérateur qui permet d’y parvenir, et elle constitue le chemin certes rigoureux, mais en tout cas nécessaire pour notre pays. Ce qui signifie que nous devons également investir dans une politique sociale qui prenne mieux en compte la situation des personnes en détresse : lutte contre le surendettement, crédit social à taux réduit, effort accentué d’insertion avec une formation professionnelle plus efficace, allégements de charges pour l’embauche des jeunes et des seniors, bouclier sanitaire : autant de pistes, non exhaustives, qui montrent que le choix d’investir peut et doit aussi concerner le champ de la solidarité.