J’ai présenté cette semaine à la presse ainsi qu’en séance publique les conclusions de mon rapport sur la santé au travail. Sujet essentiel s’il en est sur le plan humain, alors que la souffrance au travail fait l’objet d’une prise de conscience aiguë depuis cet été avec les drames survenus à France Telecom. Sujet aux conséquences importantes également sur le plan économique, puisque les accidents du travail, accidents de trajet et les maladies professionnelles ont engendré la perte de 51,9 millions de journées de travail en 2008, pour un coût en indemnités journalières de 2,2 milliards d’euros.
Construit sur la base des 43 auditions que j’ai effectuées depuis un mois (et qui m’ont permis de rencontre des experts en santé au travail, des chercheurs, des professeurs de médecine, des resposnables administratifs, des syndicats de salariés, des organisations d’employeurs, des associations de victimes), ce rapport se veut une première contribution parlementaire aux problématiques de la santé au travail, et avance des pistes de propositions orientées vers trois axes:
L’amélioration de la gouvernance de la prévention des risques professionnels : je propose notamment de renforcer les moyens du nouveau Conseil d’orientation des conditions de travail, de mettre en place au plus vite l’observatoire de la pénibilité, de rassembler les moyens de la recherche en santé au travail en pérennisant les crédits de la recherche sur les risques professionnels dans le cadre de la fusion de l’AFSSET et de l’AFSSA, et d’améliorer la coordination des acteurs en région en étudiant le rapprochement des Observatoires régionaux de Santé et des comités régionaux de prévention des risques professionnels. La lutte contre les risques psychosociaux : j’insiste sur la nécessité de mieux évaluer les risques psychosociaux en poursuivant le travail de réflexion sur la construction d’un indicateur national, d’accroître l’information des professionnels de la prévention, d’intégrer dans la formation de l’encadrement en entreprises des modules concernant la santé au travail, de décliner dans les branches et les entreprises l’accord du 2 juillet 2008 sur le stress au travail et de transposer l’accord cadre européen du 27 avril 2007 sur le harcèlement et les violences au travail. L’avenir des services de santé au travail : devant la situation inquiétante de la médecine du travail dans notre pays (seulement 6 915 professionnels recensés en 2008 est inquiétante, alors que 75% des médecins du travail ont plus de 50 ans), je propose de réviser rapidement le nombre de places offertes pour la médecine du travail et de revaloriser cette profession vers la prévention active en entreprises, de renforcer la pluridisciplinarité des services de santé au travail, de faire évoluer ceux-ci vers plus de mutualisation en garantissant l’indépendance des personnels médicaux, et de réunir dans un registre unique obligatoire, pour plus de lisibilité et d’efficacité, les différents documents de prévention des risques professionnels en entreprise.
Vous pouvez retrouver l’intégralité du rapport ci-joint.
avis-travail.pdf
Commentaires
“Une forte charge mentale ne constitue un risque
pour la santé que si elle est accompagnée d’un deuxième facteur de risque : le manque de marges de manoeuvre (« latitude décisionnelle ») pour faire face aux exigences du travail, c’est-à-dire des possibilités restreintes de choisir sa manière
de travailler. Les situations qui comportent un risque pour la santé, ou « jobstrain », résultent de la combinaison de ces deux éléments : une forte
demande psychologique et une faible latitude décisionnelle. Enfin la faiblesse du « soutien social », technique ou émotionnel, sur lequel le salarié peut compter au travail en cas de problème, de la part de sa hiérarchie et de ses collègues, constitue le troisième facteur aggravant de ces risques : un salarié sur six estime être l’objet de comportements hostiles dans le cadre de son travail.” “extrait du rapport)
Il est incontournable aujourd’hui d’agir sur les modes managériaux, les modes organisationnels des entreprises et autres structures afin d’améliorer les conditions psychologiques de travail.
Mais : dans une situation de stress, il y a au moins deux facteurs : la situation de stress et le “stressé”.
Agir sur le système donne peu les moyens au “stressé” de prendre sa place d’acteur et de reconnaître sa responsabilité dans la manière dont il va vivre les choses.
Amener le “stressé” à reconnaître sa responsabilité dans sa manière de vivre les évènements, travailler avec lui sur la façon dont il va gérer ce qui se passe en lui, lui donner les moyens de développer son intelligence émotionnelle et son assertivité, me semble tout aussi important que d’agir sur les systèmes ; c’est une manière de développer la “latitude décisionnelle” de chacun.
Former des groupes de salariés d’une même structure sur la dimension “gestion des émotions”, c’est également développer une dynamique de groupe dans une relation plus authentique et plus empathique, c’est ainsi développer une dynamique de “soutien social”.
Bonjour,
Votre rapport va t-il aller gonfler la pile de dossiers consacrés à la santé au travail?
J’espère que non.
Je suis infirmier depuis plus de 20 ans dans un service autonome d’une grande entreprise publique. J’ai fait souvent le constat que dans les différents rapports consacrés à la santé au travail nous sommes les grands oubliés de leurs auteurs.
Combien d’infirmières avez vous auditionnées au cours de votre étude?
Et pourtant elles représentent une ressource sur laquelle les médecins pourraient s’appuyer dans leur activité de surveillance, comme vous le remarquez vous même.
Actuellement nos activités se résument bien souvent à un appui administratif au médecin qui occulte en grande partie notre formation initiale.
Nous ne sommes plus des infirmiers de soins, mais nous cherchons toujours la place qui doit être la nôtre au sein de la santé au travail.
Les assistantes médicales nous ont largement remplacés dans les services inter.
Et les techniciens de prévention dans les services autonomes, alors que leur formation est en deçà bien souvent, d’une formation infirmière..
On n’évoque même pas le salaire infirmier dans la grille du CISME. Ca veut tout dire.
J’ai vu évoluer la santé au travail depuis que j’y exerce. Et plus particulièrement en service autonome, là où nous sommes vraisemblablement les plus nombreux.
La notion de prévention n’effleurait même pas l’esprit de mes Managers de l’époque. La véritable prise de conscience que le travail pouvait avoir des répercussions sur la santé ne remonte qu’à une quinzaine d’années.
Car l’entreprise est aussi en pleine mutation, et les rythmes de travail ont singulièrement évolué. Les effets de cette si longue ignorance se font sentir aujourd’hui et elle doit faire face à une multitude de pathologies chez des salariés qui arrivent en fin de carrière, usés physiquement par des conditions de travail mal adaptées.
Et les services de santé sont débordés, car les médecins mènent de front, la surveillance médicale règlementaire des salariés et font un important travail dans le reclassement de ceux qui sont devenus inaptes à leur poste, ou soumis à tellement de contre-indications que l’employeur est parfois dépassé pour organiser de façon efficiente les différents services de l’entreprise.
Les relations employeur – médecins sont quelquefois, sur le fil du rasoir.
A l’occasion des discussions entre organisations professionnelles sur la réforme de la santé au travail l’ordre des infirmiers a formé un groupe de travail chargé de réfléchir sur la place de l’infirmier dans les services de santé.
Nous réclamons un rôle propre, sans lien hiérarchique avec le médecin, pour que les relations soient des relations entre collaborateurs, même si ce dernier reste le coordonnateur du service de santé et que nous mêmes, n’ambitionnons pas de devenir des sous – médecins mais pleinement infirmiers en santé au travail.