Burger à la sauce électorale

L’enseigne de restauration rapide Quick a décidé d’expérimenter dans huit de ses restaurants, dont celui du centre de Roubaix, une offre exclusivement halal. Si cette expérimentation a commencé en novembre dernier à Roubaix, ce n’est que depuis quelques jours que la polémique autour de ces burgers halal s’est brusquement développée, après que Marine Le Pen, contexte électoral oblige, ait dénoncé un « scandale d’Etat »… rien que ça ! Que le Front National fasse flèche de tout bois pour mettre en cause à tout propos nos concitoyens de confession musulmane, c’est détestable, même si c’est son fonds de commerce électoral habituel. Dans la longue série « les Le Pen osent le pire », c’est un détail de plus qui file, comme d’autres de leurs sorties verbales mémorables, au niveau auquel ils nous ont habitué : celui du caniveau. Ce qui est désolant, c’est de voir le maire de Roubaix, qu’on a connu mieux inspiré, lui emboîter le pas pour dénoncer le comportement discriminatoire et stigmatisant de la chaîne de restaurants et mettre en cause le choix du halal, déclenchant ainsi une vague de polémiques dont l’image de Roubaix aurait largement pu se passer. Est il seulement possible de considérer cette question de l’offre halal dans les commerces roubaisiens avec un minimum de sérénité ? Je suis assez d’accord avec Fadela Amara, qu’on peut difficilement soupçonner d’être complice du communautarisme, quand elle explique qu’il ne faut pas confondre ce dernier avec la diversité. Notre société est diverse, c’est le fruit de notre histoire. Il y a aujourd’hui à Roubaix et dans bien d’autres villes de notre pays en particulier situé en banlieue, de la part de toute une population qui puise ses racines au Maghreb, une demande commerciale pour des produits respectant les prescriptions du Coran. Ce n’est pas nouveau (les boucheries halal ne datent pas d’hier), et cela ne me paraît pas choquant en soi : après tout, pourquoi tout une clientèle serait elle privée du droit de consommer dans une chaîne de restauration rapide ? Le marché du halal se développe depuis ces dernières années, en particulier dans les hypermarchés. Quick s’inscrit dans cette tendance, a identifié un créneau purement commercial, et s’adapte aux attentes de sa clientèle locale, comme l’ont d’ailleurs déjà fait ses concurrents. C’est ce qu’on appelle « faire du commerce » c’est à dire « adapter l’offre à la demande ». Alors, on peut éventuellement regretter de ne pas pouvoir trouver de viande non halal (hors le poisson) dans ce restaurant. Mais enfin, il ne manque pas d’offres de restauration à Roubaix pour qui ne veut pas manger halal ! C’est cela aussi la diversité, et c’est bien à l’échelle de la ville qu’il faut l’envisager, de la même manière que c’est à l’échelle d’une ville que s’apprécie le vivre ensemble. Et le rôle du maire, c’est de garantir ce vivre ensemble, pas de souffler sur les braises électorales. En criant à la discrimination, le maire de Roubaix est, selon moi, sorti d’un rôle qu’il avait pourtant toujours tenu avec rigueur. Décidément, quand la polémique s’empare de la politique, ce n’est jamais pour le bien du débat public.

Un Commentaire

  1. Le maire de Roubaix a voulu faire un coup qui au final fait les affaires du FN. Vraiment pas malin.