2007-2012

RSA : aller plus loin que les préjugés…

13 mai 2011 • Par

L’actualité politique nous a réservé cette semaine une polémique dont elle a le secret, avec la dénonciation par un membre du gouvernement (Laurent Wauquiez, Ministre chargé des Affaires européennes) des dérives de l’assistanat engendrées, selon lui, par le RSA. Un propos bien dans l’air du temps… Et de proposer notamment que les personnes aux RSA effectuent en échange de leur allocation, 5 heures de travail d’intérêt général par semaine. Comme si le RSA, tel qu’il est conçu et appliqué aujourd’hui, était attribué sans contrepartie. Ce qui est faux !

Le RSA rétablit justement une logique de droits et devoirs, qu’on ne trouvait plus avec le RMI, dont on percevait bien le revenu minimum mais dont le volet insertion était trop souvent insuffisant, voire délaissé. Avec le RSA, en contrepartie de l’allocation, le demandeur d’emploi s’engage à suivre les étapes d’un parcours d’insertion qui sont établies avec un référent qui suit la situation de l’allocataire, et traite avec lui ses difficultés. Ne l’oublions pas : le public qui bénéficie du RSA est un public de demandeurs d’emplois de longue durée, qui cumulent très souvent les difficultés liées à la précarité et l’exclusion. Ce ne sont pas des oisifs qui ont décidé de vivre aux dépens de la société : si c’était vrai et si simple, le problème n’aurait il pas été réglé depuis longtemps ? Alors bien sûr des fraudes existent : elles sont combattues, mais la malhonnêteté déploie des trésors d’ingéniosité. Il faut certainement amplifier l’effort. Mais l’arbre ne doit pas cacher la forêt et faire passer pour des généralités vérifiées ce qui ne sont que de mauvais exemples (fréquemment spectaculaires, mais peu nombreux). Soyons clairs : le RSA peut et doit certainement être amélioré. Il existe depuis bientôt deux ans (le RMI a existé 20 ans). Son application est un processus au long cours, qui s’évalue régulièrement pour détecter, justement, ce qui fonctionne bien, ce qui fonctionne moins bien, ce qui peut faire l’objet de modification. Qui plus est, durant ces deux ans, les équipes de l’ANPE et de l’UNEDIC ont opéré leur fusion au sein de Pôle Emploi, qui a vu arriver la vague des demandeurs d’emploi générée par la crise, pendant qu’un nombre non négligeable de départements, qui géraient hier le RMI, ont fait le choix de se désengager en laissant le suivi des bénéficiaires du RSA à… Pôle Emploi ! Alors qu’il faille améliorer le suivi des allocataires du RSA au niveau social ou leur accompagnement vers l’insertion professionnelle, pour dynamiser les parcours, c’est certainement vrai ! Mais c’est sur les dispositifs d’accompagnement qu’il faut faire porter l’effort, en coordonnant l’Etat, Pôle Emploi, les départements, les Maisons de l’Emploi… pas de quoi, il est vrai, faire la une des journaux. Je suis enfin assez d’accord avec Martin Hirsch : faire effectuer aux titulaires des tâches utiles à la collectivité, pourquoi pas ? Mais dans ce cas, que cela soit rémunéré, le cas échéant dans le cadre de contrats aidés, rémunération que le RSA viendra compléter si elle n’est pas assez attractive. Car le RSA, c’est aussi cela : apporter un complément de revenu qui rende attractif la reprise d’un emploi plutôt que de vivre de minima sociaux. C’est exactement le contraire de l’assistanat ! Pour conclure, n’oublions pas que les politiques d’insertion touchent à l’humain, en l’occurrence des hommes et des femmes blessés par la vie, aux parcours professionnels (et parfois personnels) difficiles. Et comme l’humain est complexe, elles sont elles mêmes aussi parfois complexes. Toucher à ces politiques demande du sérieux, du long terme, des évaluations, et certainement pas des idées à l’emporte pièce pour répondre à l’air du temps. Je le dis d’autant plus que j’ai pu travailler avec Laurent Wauquiez quand il était Secrétaire d’Etat à l’emploi, que ce travail a toujours été constructif et qu’il s’est toujours montré ouvert. Mais sur ce point, désolé, je ne suis pas d’accord : le RSA, c’est une démarche, souvent longue, d’accompagnement vers l’insertion professionnelle : allez Laurent, pour dépasser les préjugés, encore un effort !